Guide bailleur

Vendre une passoire thermique (F ou G) : décote, audit et bons réflexes

Votre logement est classé F ou G et vous pensez à le vendre ? Bonne nouvelle d’entrée : rien ne vous l’interdit. Mais un mauvais DPE pèse sur le prix et vous impose un audit énergétique. Voici ce qui s’applique vraiment, combien ça peut vous coûter, et comment choisir entre vendre en l’état ou rénover avant.

8 min de lectureMis à jour en Par l’équipe Locara

Peut-on vendre une passoire thermique ? Oui, toujours

Illustration éditoriale coral : à gauche, une maison coiffée d’un toit coral avec un panneau « à vendre » planté devant ; à droite, l’étiquette énergie d’un DPE affichant les barres A à G, les classes F et G ressortant en gris foncé, et par-dessus une étiquette de prix frappée d’un symbole euro et d’une flèche vers le bas qui figure la décote.
Vendre une passoire classée F ou G reste autorisé : ce qui change, c’est le prix et les diagnostics à fournir.

Commençons par la question qui angoisse le plus de bailleurs : non, il n’existe aucune interdiction de vendre un logement classé F ou G. Quel que soit son DPE, votre bien peut être mis en vente demain, sans autorisation ni dérogation.

La confusion vient d’ailleurs. Ce que la loi encadre, et de plus en plus fermement, c’est la location d’un logement énergivore, pas sa vente. Un acheteur peut tout à fait racheter votre passoire, l’habiter, la rénover ou la revendre.

Vendre n’est pas louer : le calendrier qui change tout

Si un mauvais DPE fait baisser le prix, c’est largement à cause d’une échéance qui concerne votre futur acheteur s’il compte louer : le calendrier d’interdiction de mise en location des passoires thermiques.

Ce calendrier, issu de la loi Climat et Résilience, retire peu à peu du marché locatif les logements les plus énergivores :

  • classe G : interdits à la location depuis le 1er janvier 2025
  • classe F : interdits à compter du 1er janvier 2028
  • classe E : interdits à compter du 1er janvier 2034
Frise chronologique « Interdiction de louer : G, puis F, puis E ». Trois barres horizontales, une par classe. La barre G n’est « encore louable » (en vert) que jusqu’à 2025 puis devient hachurée « interdit à la location » ; la barre F reste verte jusqu’à 2028 puis hachurée ; la barre E reste verte jusqu’à 2034 puis hachurée. Un repère coral « aujourd’hui » tombe juste après 2025. Une légende rappelle que la vente, elle, reste toujours autorisée.
La location des passoires ferme classe après classe (G en 2025, F en 2028, E en 2034) ; la vente, elle, reste possible à tout moment.

Un acheteur investisseur sait donc qu’un bien classé G ne peut déjà plus être reloué en l’état, et qu’un F a ses jours comptés. C’est précisément ce qui nourrit la négociation sur le prix. Ces dates et seuils évoluent au fil des réformes, vérifiez le calendrier en vigueur au moment de votre vente sur service-public.fr.

L’audit énergétique : le diagnostic obligatoire à la vente

Au-delà du DPE, la vente d’un logement énergivore impose un second document : l’audit énergétique réglementaire. Il ne concerne pas tout le monde, mais quand il s’applique, il est obligatoire.

Il vise les maisons individuelles et les immeubles entiers détenus en monopropriété (un seul propriétaire pour tout l’immeuble). Le calendrier dépend de la classe du bien :

  • classes F et G : audit obligatoire à la vente depuis le 1er avril 2023
  • classe E : depuis le 1er janvier 2025
  • classe D : à compter du 1er janvier 2034

L’audit est à la charge du vendeur, réalisé par un professionnel indépendant. Il est valable 5 ans et doit être remis dès la première visite, puis annexé au compromis de vente ou, à défaut, à l’acte authentique. Comme toujours, ces règles et ces dates bougent : faites confirmer ce qui s’applique à votre cas par votre notaire ou sur service-public.fr.

Audit ou DPE : quelle différence ?

Les deux documents parlent d’énergie, mais ne jouent pas le même rôle.

  • Le DPE est une photographie : il note le logement de A à G, s’impose à toute vente comme à toute location, et reste valable 10 ans. Il dit où vous en êtes.
  • L’audit va plus loin : il propose un parcours de travaux chiffré, avec des scénarios pour faire remonter la classe du logement. Il dit comment en sortir, et à quel coût.

Autrement dit, l’audit ne remplace pas le DPE, il s’y ajoute pour les logements énergivores en monopropriété. Il donne aussi à votre acheteur une feuille de route travaux, ce qui peut, selon les cas, rassurer ou au contraire alimenter sa négociation.

La décote « valeur verte » : de combien parle-t-on ?

La « valeur verte », c’est l’effet du DPE sur le prix de vente. À bien comparable, un logement bien classé se vend plus cher qu’une passoire. Les Notaires de France mesurent cet écart chaque année.

Les ordres de grandeur ci-dessous sont donnés à titre indicatif et varient fortement selon la région, le type de bien et la tension du marché local. À prendre comme une fourchette, pas comme une règle :

Un exemple pour fixer les idées. Paul possède une maison qui vaudrait environ 200 000 € si elle était classée D. Classée G, avec une décote hypothétique de 15 %, elle part plutôt autour de 170 000 €, soit 30 000 € de moins. Ce chiffre est une simple illustration, votre marché local peut donner un écart plus faible comme bien plus marqué.

Vendre en l’état ou rénover d’abord ? L’arbitrage

C’est la vraie question. Deux voies s’offrent à vous : vendre tel quel à un acheteur qui fera les travaux (souvent un investisseur ou un marchand de biens), en acceptant la décote, ou rénover pour remonter la classe et viser un meilleur prix. Pour trancher sans vous tromper, déroulez ce raisonnement.

  1. Estimez le prix « de référence »

    Faites estimer votre bien comme s’il était classé D ou mieux. C’est votre point de comparaison.

  2. Chiffrez la décote probable

    Appliquez la fourchette de valeur verte de votre secteur pour estimer ce que vous perdriez en vendant en l’état. Un agent local ou un notaire connaît les écarts réels du marché.

  3. Demandez des devis de travaux

    Appuyez-vous sur les scénarios de votre audit énergétique et faites chiffrer par des artisans ce que coûterait le passage à une meilleure classe (isolation, chauffage, ventilation).

  4. Vérifiez votre accès réel aux aides

    Attention, ne déduisez pas une aide trop vite. MaPrimeRénov’ est assortie d’un engagement de durée (voir l’avertissement ci-dessous) : dans un projet « rénover puis revendre », elle n’est le plus souvent pas mobilisable. Ne la comptez dans votre calcul que si vous remplissez réellement ses conditions.

  5. Comparez gain de prix et coût net

    Mettez face à face le gain de prix espéré et le coût des travaux, aides réellement accessibles déduites. Si les travaux coûtent nettement moins que le gain de prix, rénover peut valoir le coup. Sinon, vendre décoté est souvent plus simple et plus rapide.

Dernier élément de l’équation, trop souvent oublié : votre horizon. Si vous comptez vendre dans quelques mois, lancer un gros chantier a peu de sens, d’autant que les aides supposent justement de conserver le bien. Si vous gardez encore le logement plusieurs années et qu’il est loué, rénover peut servir à la fois à le relouer légalement et à mieux le vendre ensuite, en respectant cette fois les engagements des aides.

Côté acheteur : un bien bientôt non louable, ça se négocie

Que vous soyez vendeur ou acheteur, autant connaître les arguments qui vont peser dans la discussion. Face à une passoire, un acheteur avisé avancera :

  • le bien ne peut déjà plus (G) ou bientôt plus (F, puis E) être mis en location, ce qui limite sa rentabilité immédiate
  • les travaux à prévoir pour remonter la classe, souvent chiffrés noir sur blanc dans l’audit énergétique que vous lui remettez
  • les diagnostics défavorables (DPE, GES) qui asseyent objectivement sa demande de décote

Si vous vendez, anticipez ces arguments plutôt que de les subir. Un prix affiché déjà ajusté à la réalité du marché, un audit clair et, si possible, deux ou trois devis de travaux joints au dossier rassurent l’acheteur et accélèrent la vente. Vous reprenez la main sur la négociation au lieu de la laisser entièrement à l’autre partie.

À noter : si votre bien est encore occupé, vendre avec un locataire en place obéit à ses propres règles (congé pour vente, droit de préemption, délais). Un sujet à part entière que nous traitons dans un guide dédié.

Questions fréquentes

Peut-on vendre un logement classé F ou G en 2026 ?

Oui, sans aucune restriction. Il n’existe pas d’interdiction de vendre une passoire thermique, quel que soit son DPE. L’interdiction concerne la mise en location (G depuis 2025, F à partir de 2028, E à partir de 2034), pas la vente. En revanche, le mauvais classement pèse sur le prix et vous impose certains diagnostics.

L’audit énergétique est-il obligatoire pour vendre un appartement classé F ?

Non. L’audit énergétique réglementaire ne vise que les maisons individuelles et les immeubles en monopropriété, pas les appartements en copropriété. Pour un appartement, vous fournissez le DPE mais pas d’audit. Vérifiez votre situation exacte avec votre notaire, car les règles évoluent.

Qui paie l’audit énergétique, le vendeur ou l’acheteur ?

C’est le vendeur qui commande et paie l’audit énergétique, comme pour le DPE et les autres diagnostics. Il doit être réalisé par un professionnel indépendant, remis dès la première visite et annexé au compromis ou à l’acte de vente.

Combien de temps l’audit énergétique est-il valable ?

L’audit énergétique réglementaire est valable 5 ans. C’est plus court que le DPE, valable 10 ans. Si votre vente traîne au-delà de cette durée ou si vous réalisez des travaux entre-temps, un nouvel audit peut être nécessaire. À confirmer au moment de la vente.

Puis-je utiliser MaPrimeRénov’ pour rénover avant de vendre ?

C’est rarement possible sans mauvaise surprise. MaPrimeRénov’ impose un engagement : louer le bien en résidence principale pendant au moins 6 ans pour un bailleur, ou l’habiter une durée minimale pour un occupant. Rénover grâce à l’aide puis revendre dans la foulée vous expose à devoir la rembourser, souvent au prorata. Ne comptez donc pas cette aide dans un projet de vente rapide, et vérifiez vos conditions sur france-renov.gouv.fr (Anah).

Vaut-il mieux rénover avant de vendre ou vendre décoté ?

Ça dépend du rapport entre le coût réel des travaux (aides réellement accessibles déduites, en gardant à l’esprit que MaPrimeRénov’ suppose un engagement d’occupation ou de location souvent incompatible avec une revente immédiate) et le gain de prix espéré. Si rénover coûte nettement moins que la décote évitée, c’est souvent rentable. Si les deux montants se valent, vendre en l’état est plus simple et plus rapide. Faites estimer les deux scénarios avant de trancher.

Ce guide donne des repères généraux à jour de la législation en vigueur (notamment la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Il a valeur d’information et ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit. Mis à jour le .

Vos locations gérées, l’esprit libre.

Sur Locara, la fiche de chaque bien affiche son étiquette DPE et sa rentabilité réelle : de quoi comparer, chiffres en main, ce que vous rapporte votre logement aujourd’hui et ce qu’une vente décotée vous laisserait.

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