MaPrimeRénov' 2026 : financer les travaux pour sortir (et relouer) une passoire
En 2026, MaPrimeRénov' change de visage : le gros du budget file vers la rénovation d'ampleur des logements classés E, F ou G, tandis que les aides « par geste » se réduisent comme peau de chagrin. Pour un bailleur qui doit sortir une passoire avant l'interdiction de louer, c'est le moment de comprendre le nouveau parcours — et de ne pas rater les conditions qui vous engagent sur six ans.
Ce qui change en 2026 : MaPrimeRénov' se recentre sur la rénovation d'ampleur
MaPrimeRénov', c'est l'aide de l'État distribuée par l'Anah pour financer la rénovation énergétique des logements. En 2026, elle continue de fonctionner sur deux voies : le « parcours par geste », pour un travaux isolé (une pompe à chaleur, par exemple), et le « parcours accompagné », pour une rénovation globale qui fait vraiment sauter des classes au DPE.
Le mouvement de fond de 2026, c'est un net recentrage vers cette rénovation d'ampleur. Le budget se concentre sur les logements les plus énergivores et sur les chantiers qui améliorent réellement la performance, pendant que les aides pour un geste isolé se réduisent fortement (on y revient plus bas).
Pour un bailleur, la logique est claire : si votre bien est une passoire, l'État vous pousse — et vous aide davantage — à faire une vraie rénovation plutôt qu'à changer juste la chaudière. Ce qui tombe plutôt bien, puisque c'est justement une rénovation d'ampleur qu'il faut pour sortir des classes F ou G interdites à la location.
Le parcours accompagné : pour qui, pour quels travaux
Le parcours accompagné (ou « rénovation d'ampleur ») est la voie taillée pour sortir une passoire. Il vise une amélioration mesurable du logement, pas un simple coup de peinture énergétique. Voici les conditions d'entrée en 2026 :
- Un logement classé E, F ou G au DPE avant travaux : c'est le cœur de cible du parcours accompagné.
- Une construction de plus de 15 ans à la date de la demande.
- Un gain minimum de 2 classes énergétiques au DPE grâce aux travaux (par exemple passer de F à D).
- Au moins deux gestes d'isolation dans le chantier (murs, toiture, planchers, menuiseries…).
- Des travaux réalisés par des artisans certifiés RGE.
- Un audit énergétique en amont, qui trace la feuille de route des travaux.
Grande nouveauté devenue incontournable : Mon Accompagnateur Rénov' est obligatoire pour ce parcours. C'est un professionnel agréé qui vous suit du début à la fin — audit, choix des travaux, montage du dossier d'aides, vérification du résultat. Il a un coût, mais il est lui-même en partie financé, et il évite les mauvaises surprises sur un chantier lourd.
Combien ça rapporte : plafonds et taux 2026
L'aide se calcule en appliquant un taux (selon vos revenus) à un plafond de travaux (selon l'ampleur du gain énergétique). Les repères 2026, à confirmer au moment de votre demande car le barème a été révisé plusieurs fois :
- Plafond de travaux de l'ordre de 30 000 € HT pour un gain de 2 classes de DPE, et d'environ 40 000 € HT pour un gain de 3 classes ou plus.
- Taux de prise en charge selon les revenus : jusqu'à 80 % pour les ménages très modestes, 60 % pour les modestes, 45 % pour les revenus intermédiaires, et de l'ordre de 10 % pour les revenus supérieurs.
- Un bonus « bâtiment basse consommation » d'environ 10 % si le logement atteint une classe A ou B après travaux.
- À noter : l'ancien bonus « sortie de passoire » a, lui, été supprimé.
Concrètement, un ménage très modeste qui engage 30 000 € HT de travaux pour gagner 2 classes peut voir jusqu'à 80 % pris en charge — mais le taux qui vous concerne dépend des revenus du foyer. Passez toujours par le simulateur officiel de France Rénov' et par votre Accompagnateur Rénov' avant d'arrêter un budget : les plafonds et taux ci-dessus sont des ordres de grandeur, pas une promesse chiffrée.
Le parcours « par geste » se réduit : attention au calendrier
L'autre voie, l'aide « par geste » pour un travaux isolé, s'est nettement resserrée en 2026. Depuis janvier, plusieurs gestes en sont sortis (l'isolation des murs et les chaudières biomasse, notamment). Et le gouvernement a confirmé, à l'été 2026, la suspension de la majorité des gestes restants à compter de septembre.
Après cette bascule, le parcours par geste ne financerait plus qu'un très petit nombre d'opérations (autour du chauffage décarboné et de la dépose de cuve à fioul). Autrement dit, pour tout le reste, c'est le parcours accompagné qui prend le relais.
Une exception à connaître si vous détenez une passoire : pour les logements F et G, le parcours par geste reste accessible jusqu'au 31 décembre 2026, y compris pour des gestes par ailleurs suspendus. C'est une soupape pour les propriétaires qui ont besoin d'un peu de temps avant de lancer une rénovation complète. Mais ce n'est qu'un sursis : dès 2027, c'est la rénovation d'ampleur qui devient la porte d'entrée.
Pourquoi c'est urgent : l'obligation de rénover pour continuer à louer
Si vous financez ces travaux, ce n'est pas seulement pour la facture d'énergie du locataire : c'est aussi, souvent, pour garder le droit de louer. La loi Climat et Résilience a posé un calendrier d'interdiction progressive de mise en location des logements les plus énergivores :
- Depuis le 1er janvier 2025 : les logements classés G ne peuvent plus faire l'objet d'une nouvelle location ou d'un renouvellement de bail.
- Au 1er janvier 2028 : ce sera au tour des logements classés F.
- Au 1er janvier 2034 : les logements classés E seront à leur tour concernés.
À cela s'ajoute un gel : depuis août 2022, le loyer des passoires F et G ne peut plus être révisé à la hausse. Une passoire, c'est donc un bien qu'on ne peut ni réévaluer, ni bientôt relouer — d'où l'intérêt de financer sa sortie tant que les aides sont là.
La bonne nouvelle, c'est que ces deux logiques se rejoignent : le parcours accompagné vise précisément un gain de classes qui fait sortir de la zone interdite. Une rénovation qui amène un F à un D, par exemple, coche à la fois la case de l'aide maximale et celle du droit de relouer. Pour comprendre en détail quel logement est interdit et quand, voyez notre article sur le DPE et les passoires thermiques, et celui sur le nouveau calcul du DPE en 2026.
Les conditions à ne pas négliger quand on est bailleur
MaPrimeRénov' est ouverte aux propriétaires bailleurs, mais avec des contreparties spécifiques qu'il faut regarder de près avant de signer un devis :
- Un engagement de louer le logement en résidence principale pendant au moins 6 ans après les travaux.
- Le respect d'un plafond de loyer (loyer dit « intermédiaire ») pendant cette période d'engagement.
- L'information du locataire sur l'amélioration énergétique apportée au logement.
- Si vous augmentez le loyer en vous appuyant sur les travaux, le montant de l'aide reçue doit être déduit du coût des travaux servant à justifier la hausse.
- En cas d'arrêt de la location avant les 6 ans, un remboursement d'une partie de l'aide (de l'ordre d'un sixième par année non louée).
Ces règles ne sont pas là pour vous piéger : elles garantissent que l'argent public sert bien à remettre des logements décents sur le marché locatif. Mais elles engagent, alors intégrez-les dès le début de votre calcul. C'est votre Accompagnateur Rénov' et votre conseiller France Rénov' qui vous confirment les plafonds exacts applicables à votre situation.
Les étapes concrètes pour sortir votre passoire
Dans les grandes lignes, voici le chemin d'un bailleur qui veut financer la sortie de passoire en 2026 :
- Faites le point sur le DPE actuel du logement : c'est lui qui détermine votre éligibilité (E, F ou G) et votre point de départ.
- Prenez rendez-vous avec un conseiller France Rénov' (gratuit et neutre) et lancez la recherche d'un Mon Accompagnateur Rénov'.
- Faites réaliser l'audit énergétique : il chiffre les scénarios de travaux et le gain de classes atteignable.
- Montez le dossier de demande d'aide avant de commander les travaux — l'aide se demande en amont, pas après.
- Faites exécuter les travaux par des artisans RGE, puis mettez à jour le DPE pour matérialiser le nouveau classement.
- Relouez (ou continuez à louer) le logement en respectant l'engagement de location et le plafond de loyer.
Ce parcours prend plusieurs mois : ne le lancez pas la veille d'une échéance de bail. Si votre bien passe sous le coup d'une interdiction proche, anticipez d'un an ou deux.
Suivre le coût et le résultat dans Locara
Un chantier de rénovation, c'est une grosse dépense qui change le visage de votre investissement. Sur Locara, vous enregistrez ces travaux dans les charges & frais du bien : ils viennent alors peser dans le calcul de rentabilité, ce qui vous permet de voir l'effort réel, aide déduite, et le temps de retour de l'opération.
Et parce qu'une rénovation n'a de sens que si elle change l'étiquette, la fiche de chaque bien porte son DPE et sa classe GES : une fois le nouveau diagnostic en main, vous mettez à jour la classe et gardez la trace de la transformation — d'une passoire gelée à un logement de nouveau louable.
Cet article donne les repères 2026 mais ne remplace pas un conseil adapté à votre situation. Le dispositif a beaucoup bougé : faites toujours confirmer taux, plafonds, conditions de ressources et calendrier par France Rénov' (france-renov.gouv.fr) et votre Accompagnateur Rénov' avant d'engager un budget.
Questions fréquentes
Un propriétaire bailleur peut-il toucher MaPrimeRénov' en 2026 ?
Oui. Les bailleurs sont éligibles, y compris au parcours accompagné pour la rénovation d'ampleur d'un logement classé E, F ou G. En contrepartie, vous vous engagez à louer le logement en résidence principale pendant au moins 6 ans et à respecter un plafond de loyer intermédiaire.
Quel est le taux d'aide maximum en 2026 ?
Dans le parcours accompagné, la prise en charge peut atteindre 80 % du montant des travaux (dans la limite d'un plafond) pour les ménages très modestes. Elle descend ensuite selon les revenus : de l'ordre de 60 % pour les modestes, 45 % pour les intermédiaires et 10 % pour les revenus supérieurs. Le taux exact dépend des revenus du foyer.
Faut-il obligatoirement passer par Mon Accompagnateur Rénov' ?
Pour le parcours accompagné (rénovation d'ampleur), oui : Mon Accompagnateur Rénov' est obligatoire. Ce professionnel agréé vous suit de l'audit jusqu'à la fin du chantier et sécurise le dossier d'aides. Son coût est lui-même partiellement financé.
Le parcours « par geste » existe-t-il encore en 2026 ?
Il subsiste mais s'est fortement réduit : plusieurs gestes en sont sortis début 2026, et la majorité des autres sont suspendus à partir de septembre 2026. Exception : pour les logements F et G, le parcours par geste reste accessible jusqu'au 31 décembre 2026, avant bascule vers la rénovation d'ampleur en 2027.
Rénover ma passoire me permet-il de continuer à la louer ?
C'est tout l'enjeu. Les logements G sont interdits à la location depuis 2025, les F le seront en 2028 et les E en 2034. Une rénovation d'ampleur qui fait gagner au moins 2 classes peut faire sortir le logement de la zone interdite — et débloquer à nouveau le loyer, gelé pour les F et G depuis 2022.