Guide bailleur

Louer un bien en indivision : les règles pour gérer à plusieurs

Vous avez hérité d’un appartement avec vos frères et sœurs, ou acheté un bien à deux. Bonne nouvelle : pas besoin de l’accord de tout le monde pour le louer. On vous explique qui signe le bail, comment partager les loyers, et comment sortir de l’indivision si le courant ne passe plus.

8 min de lectureMis à jour en Par l’équipe Locara

L’indivision, c’est quoi au juste ?

Illustration « Un seul bien, plusieurs propriétaires ». Une maison coral portant un ruban « Indivision » est reliée par des traits en pointillés à trois cartes de propriétaires, chacune avec un jeton de personne sans visage et sa quote-part : 50 %, 30 % et 20 %.
En indivision, chaque propriétaire détient un pourcentage du bien, sa quote-part : c’est elle qui commande le poids de sa voix, sa part des loyers et sa part des charges.

L’indivision, c’est quand plusieurs personnes possèdent un même bien sans que la part de chacun soit matériellement séparée. Vous ne possédez pas « la chambre de gauche » : vous détenez un pourcentage de l’ensemble, votre quote-part.

On y arrive presque toujours sans l’avoir choisi : une succession (vous héritez de la maison familiale avec vos frères et sœurs), un achat à plusieurs, ou un divorce qui laisse l’ancien logement commun à deux ex-conjoints.

Chaque indivisaire a une quote-part, exprimée en pourcentage. Deux héritiers à parts égales, c’est 50 / 50. Un parent et deux enfants après le décès de l’autre parent, ce sera souvent du 50 / 25 / 25. Cette quote-part commande presque tout : le poids de votre voix, votre part des loyers et votre part des charges.

Qui signe le bail ? La règle des deux tiers

Voici le point qui bloque le plus de monde, et la bonne nouvelle de ce guide. Mettre un bien en location est un acte de gestion courante. Il ne faut pas l’unanimité : la majorité des deux tiers des droits indivis suffit pour conclure ou renouveler un bail d’habitation (article 815-3 du Code civil).

Comparatif en deux colonnes « Quelle majorité pour décider ? ». Colonne « Acte de gestion » (cadre coral) : une jauge remplie aux deux tiers, « Majorité des deux tiers des droits » pour louer le logement, renouveler le bail ou nommer un gérant, avec la mention « + informer les autres indivisaires ». Colonne « Acte de disposition » (cadre neutre taupe) : une jauge pleine marquée « Tous », « Unanimité, l’accord de chacun » pour vendre le bien, donner congé pour vendre ou signer un bail commercial, avec la mention « un seul refus bloque la décision ».
La ligne de partage de l’indivision : les actes de gestion courante (dont louer) se décident à la majorité des deux tiers des droits, les actes de disposition (dont vendre) exigent l’unanimité. Vérifiez l’article 815-3 du Code civil en vigueur au moment de votre décision.

Concrètement, les indivisaires qui pèsent ensemble au moins deux tiers des droits peuvent signer le bail et choisir le locataire, même si un autre n’est pas d’accord. Le bail est alors valable.

Une obligation va avec ce pouvoir : les indivisaires qui décident à la majorité des deux tiers doivent informer les autres de leur décision. À défaut, le bail reste valable entre eux, mais il est inopposable à ceux qui n’ont pas été prévenus. En clair, ne signez jamais dans le dos des autres : informez, par écrit de préférence.

Exemple. Marie, Paul et Léa héritent d’un studio à parts égales, un tiers chacun. Marie et Paul veulent louer, Léa préfère attendre. À eux deux, ils pèsent deux tiers : ils peuvent signer le bail, à condition d’informer Léa. S’ils n’avaient détenu ensemble que la moitié des droits, ils n’auraient pas atteint le seuil.

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Générer un bail

Les décisions qui exigent quand même l’unanimité

La majorité des deux tiers couvre la gestion. Elle ne couvre pas tout. Certaines décisions, plus lourdes, réclament l’accord de tous les indivisaires, sans exception :

  • Vendre le bien, ou donner au locataire un congé pour vendre (offre de vente) : c’est un acte de disposition, l’unanimité est obligatoire.
  • Signer un bail commercial, artisanal, industriel ou agricole : ces baux restent soumis à l’unanimité, à la différence du bail d’habitation.
  • Tout acte qui sort de l’exploitation normale du bien, comme de gros travaux de transformation.

À l’inverse, un seul indivisaire peut agir seul pour un acte de conservation, c’est-à-dire pour protéger le bien sans attendre : souscrire l’assurance du logement, ou faire réparer en urgence une fuite qui l’abîme.

Nommer un gérant pour ne pas se marcher dessus

Gérer une location à plusieurs mains tourne vite au casse-tête : qui encaisse le loyer, qui répond au locataire, qui appelle le plombier ? La solution la plus simple, c’est de désigner un gérant, un mandataire chargé du quotidien.

Les indivisaires peuvent, toujours à la majorité des deux tiers, confier un mandat général d’administration à l’un d’eux ou à un tiers, par exemple une agence. Ce gérant administre le bien au nom de tous, dans la limite des pouvoirs qu’on lui donne.

  1. Mettre les règles par écrit

    Rédigez une convention d’indivision ou un simple mandat écrit : qui est gérant, pour quels actes, pour combien de temps. Un mandat simple n’impose pas de passer devant notaire, mais l’écrit évite l’essentiel des disputes.

  2. Désigner le gérant à la bonne majorité

    Un mandat général d’administration se décide à la majorité des deux tiers des droits indivis. Le gérant peut être un indivisaire ou une personne extérieure.

  3. Rendre des comptes chaque année

    Le gérant doit rendre compte de sa gestion au moins une fois par an et tenir les justificatifs à disposition. Chaque indivisaire peut consulter les documents. Un gérant qui commet une faute engage sa responsabilité.

Loyers et charges : chacun au prorata de sa part

Les loyers encaissés et les charges du bien se répartissent entre indivisaires au prorata de leur quote-part. C’est la règle de base : vous touchez votre pourcentage des loyers, vous supportez le même pourcentage des dépenses.

Exemple chiffré. Un bien loué 900 € par mois, détenu à 50 / 30 / 20. Le premier indivisaire reçoit 450 €, le deuxième 270 €, le troisième 180 €. La taxe foncière, les travaux ou les frais de gestion se répartissent dans les mêmes proportions.

En pratique, les loyers arrivent souvent sur un compte indivis unique, puis sont redistribués. Un indivisaire qui avance seul une dépense pour le bien, une réparation par exemple, peut en demander le remboursement à l’indivision, justificatifs à l’appui. Tenez une comptabilité claire, mois par mois : c’est ce qui évite les soupçons.

La déclaration fiscale : chacun déclare sa part

Côté impôts, l’indivision ne paie pas d’impôt à votre place. Chaque indivisaire déclare sa quote-part des loyers dans sa propre déclaration de revenus, en revenus fonciers pour une location vide, en BIC pour un meublé.

Reprenons le bien à 900 €, détenu à 50 / 30 / 20. Chacun déclare respectivement 50 %, 30 % et 20 % des loyers et des charges déductibles. Chaque indivisaire choisit son régime selon sa propre situation : l’un peut relever du micro-foncier, l’autre du réel, en fonction de ses autres revenus.

Conflits et sortie : nul n’est forcé de rester

L’indivision a mauvaise réputation pour une bonne raison : elle est faite pour être provisoire. Le Code civil le dit noir sur blanc, nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision (article 815). Vous pouvez donc en sortir, même si les autres s’y opposent.

La sortie passe par le partage. Dans l’idéal, il est amiable : on se met d’accord pour vendre le bien et se répartir le prix, ou pour qu’un indivisaire rachète les parts des autres, une opération appelée licitation.

Si personne ne s’entend, le partage devient judiciaire : vous saisissez le tribunal, qui peut ordonner la vente. À l’inverse, un indivisaire qui veut céder sa seule quote-part doit en informer les autres, qui bénéficient d’un droit de priorité pour la racheter.

Gérer à plusieurs sans se perdre

À plusieurs propriétaires, le vrai risque n’est pas juridique, il est pratique : des loyers qu’on ne retrouve plus, une dépense oubliée, un indivisaire qui ne sait plus combien lui revient. La transparence, c’est ce qui garde la paix.

Sur Locara, vous centralisez la gestion d’un bien détenu à plusieurs : loyers encaissés, charges, documents du bail, tout est au même endroit. Fini les tableurs échangés par mail et les versions qui ne collent pas. Chacun voit ce qui est dû, ce qui est payé, et sa part, sans avoir à la recalculer.

Questions fréquentes

Peut-on louer un bien en indivision sans l’accord de tous ?

Oui. Mettre un bien en location est un acte de gestion courante : la majorité des deux tiers des droits indivis suffit pour signer un bail d’habitation (article 815-3 du Code civil). Les indivisaires qui décident doivent simplement informer les autres, sinon le bail leur est inopposable.

Un seul indivisaire peut-il signer le bail à lui tout seul ?

Seulement s’il détient à lui seul au moins deux tiers des droits. Sinon, il doit réunir avec d’autres une majorité des deux tiers. En dessous de ce seuil, le bail risque d’être contesté par les indivisaires qui n’ont pas été consultés.

Comment se répartissent les loyers entre indivisaires ?

Au prorata des quotes-parts. Un bien loué 900 € détenu à 50 / 30 / 20 rapporte 450 €, 270 € et 180 € à chacun. Les charges, comme la taxe foncière, les travaux ou les frais de gestion, se répartissent dans les mêmes proportions.

Qui déclare les loyers aux impôts dans une indivision ?

Chaque indivisaire déclare sa quote-part des loyers dans sa propre déclaration de revenus, en revenus fonciers pour une location vide. L’indivision ne paie pas d’impôt à la place de ses membres, et chacun choisit son régime, micro ou réel, selon sa situation.

Peut-on forcer la vente d’un bien en indivision ?

Oui. Nul ne peut être contraint de rester dans l’indivision (article 815 du Code civil). À défaut d’accord amiable, un indivisaire peut demander le partage en justice, et le tribunal peut ordonner la vente du bien.

Indivision ou SCI, quelle différence ?

L’indivision n’est pas une société : vous possédez directement une fraction du bien, et c’est un régime fait pour être provisoire. La SCI est une société qui détient le bien, avec des statuts et un gérant, pensée pour gérer et transmettre à plusieurs sur la durée.

Ce guide donne des repères généraux à jour de la législation en vigueur (notamment la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Il a valeur d’information et ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit. Mis à jour le .

Vos locations gérées, l’esprit libre.

Locara centralise la gestion d’un bien détenu à plusieurs : loyers, charges et documents au même endroit, pour que chaque indivisaire voie sa part sans ressortir la calculette.

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