Le nouveau statut du bailleur privé (2026) : le remplaçant du Pinel
La loi de finances 2026 crée un « statut du bailleur privé », surnommé dispositif Jeanbrun. Il remplace le Pinel et change de logique : au lieu d'une réduction d'impôt, vous déduisez un amortissement du bien de vos revenus fonciers. Voici qui est concerné, l'avantage réel, les contreparties et à partir de quand.
Ce qui change en 2026 : la fin du Pinel, l'arrivée d'un « statut »
Le dispositif Pinel, qui offrait une réduction d'impôt en échange d'un investissement locatif, s'est éteint définitivement fin décembre 2024. Depuis, l'investissement dans le neuf n'avait plus d'avantage fiscal dédié. C'est ce vide que vient combler la loi de finances pour 2026.
Cette loi, promulguée le 20 février 2026 après validation par le Conseil constitutionnel, crée un « statut du bailleur privé », rapidement surnommé « dispositif Jeanbrun » du nom du député à son origine. Il est entré en vigueur le 21 février 2026 et s'appliquera aux acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2028.
Le changement n'est pas qu'un changement de nom. Là où le Pinel accordait une réduction d'impôt (un montant retranché de l'impôt dû), le nouveau statut fonctionne par amortissement : vous déduisez chaque année une fraction du prix du logement de vos revenus fonciers, ce qui abaisse la base imposable. C'est la logique de l'amortissement d'une entreprise, appliquée à un particulier qui loue nu.
L'avantage : amortir jusqu'à 80 % du prix sur vos revenus fonciers
Le cœur du dispositif est l'amortissement. Chaque année, vous pouvez déduire de vos revenus fonciers un pourcentage de la valeur du bien, calculé sur une base de 80 % du prix d'acquisition (la part correspondant au terrain, non amortissable, est écartée).
Le taux annuel dépend du niveau de loyer que vous acceptez de pratiquer, plus le loyer est encadré, plus l'amortissement est généreux :
- 3,5 % par an pour un loyer intermédiaire
- 4,5 % par an pour un loyer social
- 5,5 % par an pour un loyer très social
Sur la durée, cet amortissement peut représenter jusqu'à environ 80 % du prix du bien déduits de vos revenus fonciers, mais sur toute la durée d’amortissement, bien au-delà des 9 ans d’engagement — 80 % est la base amortissable, pas ce que vous déduisez en 9 ans. Attention toutefois : selon les textes, la déduction annuelle est plafonnée (de l'ordre de 8 000 € pour l'intermédiaire, 10 000 € pour le social et 12 000 € pour le très social, selon les barèmes en vigueur). Ces montants et le détail du calcul doivent être vérifiés au texte officiel avant tout investissement.
Concrètement, un bailleur dont les loyers dépassent les charges déductibles paie normalement de l'impôt sur ce surplus foncier. L'amortissement vient effacer une partie, voire la totalité, de ce revenu imposable pendant plusieurs années. L'avantage porte donc sur l'impôt sur le revenu foncier, pas sur une réduction directe d'impôt comme le Pinel.
Qui est concerné, et pour quels logements
Le statut s'adresse aux particuliers, mais aussi à certaines sociétés civiles immobilières (SCI) non soumises à l'impôt sur les sociétés. Il est accessible sur tout le territoire, sans condition de zonage géographique, ce qui le distingue nettement du Pinel qui se limitait aux zones tendues.
En revanche, le type de bien est cadré. Sont éligibles :
- les logements neufs, en immeuble collectif, achetés notamment en VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) ;
- les logements anciens en immeuble collectif faisant l'objet de travaux de rénovation lourde (les travaux devant représenter, selon les textes, une part significative du prix, de l'ordre de 30 %).
Plusieurs cas sont exclus : les maisons individuelles, les résidences avec services (résidences étudiantes, seniors, tourisme) et la location à un membre de votre foyer fiscal ou à un ascendant/descendant. Le logement doit par ailleurs être mis en location dans un délai limité après son achèvement (de l'ordre de douze mois).
Les contreparties : 9 ans de location nue et des loyers plafonnés
L'amortissement n'est pas gratuit : il s'obtient en échange d'engagements précis. Le premier est la durée : vous devez louer le logement nu, à usage de résidence principale du locataire, pendant au moins 9 ans sans interruption.
Le second est l'encadrement du loyer. Comme le taux d'amortissement dépend du segment choisi (intermédiaire, social, très social), vous vous engagez à respecter des plafonds de loyers, inférieurs au marché, et des plafonds de ressources pour le locataire. Ces plafonds sont fixés par arrêté et varient selon la zone géographique, dans une logique proche des logements conventionnés.
Rompre l'engagement en cours de route (revendre trop tôt, passer le bien en meublé, louer hors des conditions) entraîne en principe la remise en cause de l'avantage : les amortissements déduits sont réintégrés. À la revente, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable, comme pour le LMNP depuis 2025, ce qui réduit l’avantage net : faites chiffrer ce coût de sortie par un conseil avant de vous engager.
À partir de quand, et comment s'y préparer
Le dispositif est déjà applicable depuis le 21 février 2026 et vise les acquisitions réalisées avant le 31 décembre 2028. C'est donc une fenêtre de trois ans pour acheter dans le neuf collectif (ou l'ancien lourdement rénové) avec cet avantage.
Avant de vous décider, deux réflexes valent mieux qu'une brochure commerciale. D'abord, vérifier le texte officiel : taux exacts, plafonds de loyers et de ressources de votre zone, et détail du plafond de déduction évoluent, et les simulateurs des promoteurs présentent souvent l'hypothèse la plus flatteuse. Ensuite, raisonner en rentabilité globale et pas seulement en économie d'impôt : un loyer plafonné pendant 9 ans, c'est un revenu locatif volontairement réduit, qu'il faut mettre en face de l'avantage fiscal.
C'est là qu'un suivi chiffré de votre bien change tout : connaître son cash-flow réel, son rendement net et l'évolution de son patrimoine vous permet de juger si l'amortissement compense vraiment le loyer sacrifié, dans votre situation.
Questions fréquentes
Le statut du bailleur privé remplace-t-il vraiment le Pinel ?
Oui. Le Pinel s'est éteint fin décembre 2024. La loi de finances 2026 crée à la place le statut du bailleur privé (dispositif Jeanbrun). La logique change : au lieu d'une réduction d'impôt, il ouvre droit à un amortissement du prix du bien déduit des revenus fonciers.
Combien peut-on amortir avec le dispositif Jeanbrun ?
L'amortissement se calcule sur une base de 80 % du prix, à un taux annuel de 3,5 % (loyer intermédiaire), 4,5 % (social) ou 5,5 % (très social). Sur la durée, cela peut représenter jusqu'à environ 80 % du prix déduit des revenus fonciers, dans la limite de plafonds annuels à vérifier au texte.
Quels logements sont éligibles ?
Les logements neufs en immeuble collectif (dont la VEFA) et les logements anciens en collectif faisant l'objet d'une rénovation lourde. Les maisons individuelles et les résidences avec services sont exclues. Le bien doit être loué nu, en résidence principale, pendant au moins 9 ans.
À partir de quand et jusqu'à quand puis-je en profiter ?
Le dispositif est entré en vigueur le 21 février 2026 et s'applique aux acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2028, sur tout le territoire, sans condition de zonage.
Y a-t-il des plafonds de loyer et de ressources ?
Oui. En échange de l'amortissement, vous vous engagez à respecter des plafonds de loyers (inférieurs au marché) et des plafonds de ressources du locataire, fixés par arrêté selon la zone, dans une logique proche des logements conventionnés.