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La régularisation des charges locatives, expliquée

La régularisation des charges, c’est le rendez-vous annuel où vous comparez ce que le locataire a versé en provisions à ce qu’il devait vraiment. On vous explique le décompte à fournir, les délais qui comptent, et comment réclamer un complément ou rendre un trop-perçu sans y laisser des plumes.

9 min de lecture·Mis à jour le ·Relu à jour de la législation

La régularisation des charges, c’est quoi exactement ?

La régularisation des charges, c’est l’opération annuelle par laquelle le bailleur compare les provisions que le locataire a versées chaque mois aux dépenses réelles de charges récupérables de l’année. Deux issues possibles : le locataire a trop peu payé, il verse un complément ; il a trop payé, vous lui remboursez le trop-perçu.

Cette régularisation est obligatoire dès lors que les charges sont payées sous forme de provisions. Elle repose sur l’article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, qui impose une régularisation au moins une fois par an et fixe précisément ce que vous devez communiquer au locataire.

Cet article informe et ne remplace pas un conseil juridique individuel. Les délais et références cités ici sont à jour à la date de mise à jour indiquée ; vérifiez toujours la règle applicable à votre situation sur service-public.fr ou auprès de votre ADIL.

Provisions ou forfait : tout dépend de votre bail

Avant de parler régularisation, il faut savoir comment vos charges sont facturées. Deux systèmes existent, et un seul se régularise.

  • Les provisions sur charges : le locataire verse chaque mois une somme estimée, obligatoirement régularisée une fois par an sur les dépenses réelles. C’est le mode courant en location vide.
  • Le forfait de charges : un montant fixe, versé sans régularisation et sans remboursement. Il est réservé à la location meublée (article 25-10 de la loi de 1989) et possible en colocation. Il doit rester cohérent avec les charges réelles, mais ne se recalcule jamais au réel.

La conséquence est simple : si votre bail prévoit des provisions, vous devez régulariser chaque année, sinon vous êtes en tort. Si votre meublé fonctionne au forfait, il n’y a rien à régulariser — ni dans un sens, ni dans l’autre.

Le décompte à fournir au locataire : par nature de charges

Vous ne pouvez pas réclamer un solde sans preuve. Un mois au moins avant la régularisation, l’article 23 vous impose de communiquer au locataire un décompte détaillé, faute de quoi il pourra contester la somme.

Ce décompte doit contenir :

  • Le décompte par nature de charges : eau, chauffage, entretien des parties communes, ascenseur, ordures ménagères… poste par poste, et non un montant global.
  • Le mode de répartition entre locataires quand le logement est dans un immeuble collectif (les tantièmes, la surface, le nombre d’occupants selon les postes).
  • Le cas échéant, une note d’information sur les modalités de calcul du chauffage et de l’eau chaude collectifs.

Un exemple chiffré, du calcul au solde

Rien ne vaut un cas concret. Imaginons un locataire qui verse 100 € de provisions par mois.

  • Provisions versées sur l’année : 100 € × 12 = 1 200 €.
  • Charges récupérables réelles (relevé du syndic + factures) : 1 380 €.
  • Solde : 1 380 − 1 200 = 180 € que le locataire doit compléter.

À l’inverse, si les dépenses réelles n’avaient été que de 1 050 €, c’est vous qui auriez dû rembourser 150 € de trop-perçu au locataire. La régularisation joue toujours dans les deux sens.

Complément ou trop-perçu : comment le régler

Une fois le solde connu, la mécanique est simple. Si le locataire doit un complément, vous le lui réclamez en joignant le décompte : il le paie en une fois. S’il s’agit d’un trop-perçu, vous le remboursez — par virement, ou en le déduisant du prochain loyer si vous vous mettez d’accord.

Ne mélangez jamais le solde de charges avec le loyer sur la quittance : la quittance distingue le loyer et les charges. Un rappel de charges se traite à part, décompte à l’appui.

Les délais à connaître : prescription 3 ans et étalement

Deux délais structurent toute la régularisation. Voici le tableau à garder sous les yeux.

  • Réclamer un arriéré de charges (bailleur) → 3 ans → article 7-1 de la loi de 1989 (créé par la loi ALUR). Au-delà, la créance est prescrite.
  • Réclamer un trop-perçu de charges (locataire) → 3 ans → même article 7-1 : la prescription joue dans les deux sens.
  • Régularisation faite après la fin de l’année civile suivant l’exigibilité → paiement en 12 mensualités égales, à la demande du locataire → article 23.
  • Restitution du solde après le départ, en copropriété → dans le mois suivant l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble → article 22.

Autrement dit : vous pouvez remonter 3 ans en arrière pour réclamer des charges oubliées, mais le locataire peut lui aussi réclamer 3 ans de trop-perçu. La régularisation annuelle n’est donc pas qu’une obligation : c’est votre meilleure protection contre les rattrapages massifs qui tournent au litige.

Régularisation tardive : l’étalement sur 12 mois

Vous avez pris du retard ? Vous pouvez encore régulariser tant que vous restez dans les 3 ans de prescription. Mais la loi protège le locataire contre les rappels tardifs.

Quand la régularisation n’a pas été faite avant la fin de l’année civile suivant celle de l’exigibilité des charges, le locataire peut exiger que le paiement du solde soit étalé sur 12 mensualités égales. Concrètement, un rappel réclamé avec plus d’un an de retard ne peut pas lui être imposé en une seule fois s’il demande l’étalement.

Le locataire est parti : comment solder les charges

Le départ complique un peu les choses, car les charges de l’année (surtout en copropriété) ne sont souvent connues qu’après l’arrêté annuel des comptes du syndic, parfois plusieurs mois après le déménagement.

La loi le permet : en copropriété, vous pouvez conserver jusqu’à 20 % du dépôt de garantie en attendant cet arrêté des comptes (article 22 de la loi de 1989). Une fois les comptes de l’immeuble approuvés, vous procédez à la régularisation définitive et restituez le solde du dépôt dans le mois qui suit.

Questions fréquentes

La régularisation des charges est-elle obligatoire chaque année ?

Oui, dès que les charges sont payées par provisions : l’article 23 de la loi de 1989 impose une régularisation au moins une fois par an sur les dépenses réelles. Seul le forfait de charges (location meublée) n’est jamais régularisé — mais il n’est pas non plus remboursable.

Quel décompte dois-je fournir au locataire pour régulariser ?

Un mois avant la régularisation, vous devez communiquer un décompte par nature de charges (eau, chauffage, ascenseur, ordures…), le mode de répartition en immeuble collectif, et tenir les justificatifs à disposition du locataire pendant 6 mois à compter de l’envoi du décompte.

Pendant combien de temps peut-on réclamer un arriéré de charges ?

Trois ans, en vertu de l’article 7-1 de la loi de 1989. Au-delà, la créance est prescrite. Ce délai vaut dans les deux sens : le locataire peut lui aussi réclamer un trop-perçu de charges sur 3 ans.

Puis-je réclamer un gros rappel de charges en une seule fois ?

Pas toujours. Si la régularisation intervient après la fin de l’année civile suivant l’exigibilité des charges, le locataire peut demander que le paiement du solde soit étalé sur 12 mensualités égales.

Comment régulariser les charges après le départ du locataire ?

En copropriété, vous pouvez retenir jusqu’à 20 % du dépôt de garantie en attendant l’arrêté annuel des comptes du syndic. Une fois les comptes approuvés, vous régularisez et restituez le solde du dépôt dans le mois qui suit. La prescription de 3 ans s’applique aussi après le départ.

La rédaction Locara

Nous vulgarisons le droit locatif pour que bailleurs et locataires décident en connaissance de cause. Chaque guide est relu à jour de la législation en vigueur.

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