La lettre de congé du locataire : modèle, envoi, délais
Vous quittez votre logement et vous voulez un congé béton du premier coup ? Voici un modèle de lettre prêt à copier, les 3 seuls modes d’envoi valables, et la date exacte qui déclenche votre préavis. Zéro faux départ.
L’essentiel : une lettre écrite, 3 modes d’envoi, une date qui compte
Pour quitter votre logement, vous devez adresser un congé écrit à votre bailleur. La loi (article 15-I de la loi du 6 juillet 1989) impose trois modes d’envoi et trois seulement : la lettre recommandée avec avis de réception (LRAR), l’acte de commissaire de justice (ex-huissier), ou la remise en main propre contre récépissé ou émargement.
Le point le plus important tient en une phrase : le préavis démarre le jour où le bailleur reçoit votre congé, pas le jour où vous l’envoyez. Un mail, un SMS, un appel ou un message dans une appli de gestion ne valent pas congé. Une fois ces règles respectées, un locataire peut partir quand il veut, sans avoir à se justifier.
Ce que doit contenir votre lettre de congé
La loi n’impose pas de formule magique, mais votre lettre doit exprimer sans ambiguïté votre volonté de quitter le logement et permettre au bailleur de savoir qui part, d’où, et à partir de quand. Pour un congé qui ne se discute pas, faites figurer :
- Vos nom, prénom et adresse actuelle (celle du logement que vous quittez)
- Les nom et adresse du bailleur (ou de l’agence qui gère le bien)
- L’adresse complète du logement concerné et, si vous l’avez, la référence et la date du bail
- Une phrase claire annonçant que vous donnez congé / résiliez le bail
- La durée de préavis que vous appliquez (1 ou 3 mois) et, le cas échéant, le motif de réduction à 1 mois avec la mention du justificatif joint
- La date de sortie souhaitée, à titre indicatif, pour éviter tout malentendu
- La date de rédaction et votre signature manuscrite
Un détail qui rassure : vous n’avez aucun motif à donner pour partir. Le seul cas où un motif est utile, c’est pour bénéficier d’un préavis réduit à 1 mois en location vide (zone tendue, mutation, perte d’emploi, RSA, santé…). Dans ce cas seulement, indiquez le motif et joignez le justificatif.
Le modèle de lettre à copier
Voici un modèle neutre, valable en location vide comme en meublé. Adaptez les mentions entre crochets, retirez la ligne sur le motif si vous n’êtes pas en préavis réduit, puis relisez avant l’envoi.
[Vos nom et prénom] — [Votre adresse : le logement que vous quittez]
[Nom du bailleur ou de l’agence] — [Son adresse]
Objet : congé du logement situé [adresse complète] — résiliation du bail
Fait à [ville], le [date].
Madame, Monsieur,
Locataire du logement situé [adresse complète] au titre du bail signé le [date du bail], je vous informe de ma décision de résilier ce bail et de vous donner congé.
Conformément à l’article 15-I de la loi du 6 juillet 1989, j’applique un préavis de [1 mois / 3 mois]. [Si préavis réduit à 1 mois en location vide : au titre de (motif : zone tendue, mutation professionnelle, perte d’emploi…), je joins à la présente le justificatif correspondant.]
Je quitterai donc le logement au plus tard le [date de sortie souhaitée] et me tiens à votre disposition pour organiser l’état des lieux de sortie et la remise des clés.
Je vous remercie de bien vouloir me confirmer la bonne réception de ce courrier et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Les 3 modes d’envoi valables (et eux seuls)
L’article 15-I ferme la liste : un congé envoyé autrement n’a aucune valeur juridique. Voici les trois canaux acceptés, avec ce qui fait démarrer le préavis dans chaque cas.
1. La lettre recommandée avec avis de réception (LRAR)
C’est le mode le plus courant et le moins cher (quelques euros). Vous postez la lettre en recommandé, vous conservez le récépissé de dépôt et l’avis de réception. La date qui compte est celle de la première présentation du courrier au bailleur, pas celle du dépôt à La Poste.
Prévoyez toujours quelques jours de marge pour l’acheminement postal : c’est ce délai qui décale, ou non, la fin de votre préavis.
2. L’acte de commissaire de justice
Le commissaire de justice (l’ancien huissier) remet le congé en personne et en dresse un acte. C’est le mode le plus solide juridiquement : impossible pour le bailleur de contester la réception. En contrepartie, il est payant (comptez de l’ordre de plusieurs dizaines d’euros ; vérifiez le tarif auprès de l’étude, il évolue).
On le réserve aux situations tendues : relation conflictuelle avec le bailleur, enjeu financier important, ou congé déjà contesté par le passé.
3. La remise en main propre contre récépissé ou émargement
Vous remettez la lettre au bailleur, qui date et signe soit un récépissé, soit un double de la lettre (l’émargement). Cette signature fait courir le préavis. Sans elle, vous n’avez aucune preuve : ne remettez jamais votre congé « à la volée » sans faire signer.
Pratique quand vous connaissez bien votre bailleur et qu’il est à proximité. Gardez l’exemplaire signé et daté : c’est votre seule preuve.
Le point de départ EXACT du préavis : la réception, pas l’envoi
C’est le piège numéro un. La loi est nette : le délai court « à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte du commissaire de justice ou de la remise en main propre ». Autrement dit, ce n’est pas la date où vous glissez la lettre dans la boîte qui compte.
Un exemple chiffré pour un préavis d’un mois : vous visez une sortie le 30 juin. Votre bailleur doit donc avoir reçu (ou s’être vu présenter) votre congé au plus tard le 30 mai. Si vous postez la LRAR le 29 mai, elle sera présentée le 31 mai ou plus tard : votre préavis démarrera à cette date-là et votre départ « officiel » glissera de quelques jours.
Les erreurs qui invalident (ou fragilisent) le congé
La plupart des congés ratés le sont pour des raisons évitables. Voici les fautes les plus fréquentes et ce qu’elles coûtent.
- Envoyer un simple mail ou un SMS → aucune valeur : le préavis ne démarre pas, vous restez locataire.
- Compter le préavis à partir de la date d’envoi → vous partez trop tôt et devez payer les jours manquants.
- Invoquer un préavis réduit à 1 mois sans joindre le justificatif → le préavis retombe à 3 mois en location vide.
- Oublier de dater ou de signer la lettre → congé fragilisé, contestable.
- Ne garder aucune preuve d’envoi ou de remise → impossible de prouver la date, voire le congé lui-même.
- Adresser le congé à la mauvaise personne (ex-propriétaire après une vente) → notifiez toujours le bailleur actuel.
La bonne nouvelle : aucune de ces erreurs n’est fatale si vous les anticipez. Un modèle propre, un mode d’envoi valable et une preuve conservée, et vous êtes tranquille.
Le congé en colocation : chacun peut partir
En colocation, un colocataire peut donner congé seul, sans l’accord des autres et sans mettre fin au bail commun : les colocataires restants continuent d’occuper le logement. La lettre suit exactement les mêmes règles (mentions, mode d’envoi, réception).
Le vrai sujet, c’est la clause de solidarité, très fréquente dans les baux de colocation. Quand elle existe, le colocataire qui part peut rester tenu au paiement du loyer après son départ, sauf s’il est remplacé par un nouveau colocataire inscrit au bail. La loi plafonne cette solidarité : elle cesse dès qu’un nouveau colocataire est inscrit au bail, ou au plus tard six mois après la date d’effet du congé (art. 8-1 de la loi du 6 juillet 1989). Les modalités méritent tout de même d’être vérifiées au cas par cas.
Après l’envoi : ce qui vous attend
Une fois le congé reçu, le compte à rebours du préavis démarre. Pendant cette période, vous restez locataire à part entière : vous payez le loyer et les charges, et vous devez laisser le bailleur organiser d’éventuelles visites pour relouer. Voici le parcours type jusqu’à la restitution de votre dépôt.
- Vous continuez de payer jusqu’à la fin du préavis
Même si vous partez avant, le loyer est dû jusqu’au terme du préavis, sauf si le bailleur reloue plus tôt et que vous en convenez ensemble.
- Vous fixez l’état des lieux de sortie
Prévoyez-le le jour de la remise des clés. Comparez-le à l’état des lieux d’entrée : c’est lui qui déterminera les éventuelles retenues sur le dépôt.
- Vous remettez les clés et communiquez votre nouvelle adresse
La remise des clés matérialise votre départ. Laissez une adresse pour le renvoi du dépôt de garantie et des éventuels courriers.
- Le bailleur vous restitue le dépôt de garantie
En principe sous 1 mois si l’état des lieux est conforme, 2 mois s’il y a des retenues justifiées. En cas de blocage, un recours existe.
Alors, 1 mois ou 3 mois de préavis ?
Ce guide se concentre volontairement sur la lettre et son envoi. Pour connaître la durée exacte de votre préavis, tout dépend de votre situation : location meublée ou vide, zone tendue, motif personnel de réduction…
On vous a préparé deux ressources qui ne parlent que de ça : notre guide complet du préavis du locataire (la règle 1 mois / 3 mois et le calcul de date à date), et le zoom sur tous les cas de préavis réduit à 1 mois (mutation, perte d’emploi, RSA, santé, violences…) avec les justificatifs à joindre. Lisez-les avant de cocher la durée dans votre lettre.
Questions fréquentes
Puis-je donner mon congé par email ou par SMS ?
Non. Seuls trois modes sont valables : la lettre recommandée avec avis de réception, l’acte de commissaire de justice, ou la remise en main propre contre récépissé ou émargement. Un email, un SMS, un appel ou un message dans une appli de gestion ne font pas courir le préavis.
À partir de quand commence mon préavis : l’envoi ou la réception ?
À la réception par le bailleur. Avec une lettre recommandée, c’est la date de première présentation du courrier qui compte, pas la date de dépôt à La Poste. Prévoyez donc quelques jours de délai postal pour ne pas décaler votre départ.
Dois-je indiquer un motif dans ma lettre de congé ?
Non, un locataire peut partir sans se justifier. Le motif ne sert qu’à obtenir un préavis réduit à 1 mois en location vide (zone tendue, mutation, perte d’emploi, RSA, santé…). Dans ce cas seulement, mentionnez-le et joignez le justificatif, sinon le préavis reste de 3 mois.
Que se passe-t-il si le bailleur ne retire pas mon recommandé ?
C’est une situation piégeuse : la date qui fait foi peut être discutée selon les circonstances, et la justice a rendu des décisions nuancées. Si votre bailleur est injoignable ou de mauvaise foi, passez par un acte de commissaire de justice, qui garantit la date de notification.
En colocation, dois-je l’accord des autres colocataires pour partir ?
Non. Chaque colocataire peut donner congé seul, sans l’accord des autres, et son départ ne met pas fin au bail commun. Attention toutefois à la clause de solidarité : elle peut vous maintenir tenu du loyer un temps après votre départ, sauf remplacement par un nouveau colocataire au bail.